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Efficacité énergétique : retours d’expérience dans le tertiaire

Publié le 24.09.2014

Il y a près d’un an, le Plan Bâtiment Durable lançait sa Charte pour l’efficacité énergétique des bâtiments tertiaires publics et privés.
Cette charte visait à susciter, par une démarche volontaire, une dynamique en faveur de l’efficacité énergétique et anticiper la sortie du décret sur l’obligation de travaux d’amélioration de la performance énergétique.
Aujourd’hui, la charte compte 73 signataires et un premier rapport de retours d’expérience et de pratiques vient d’être rendu public. Principaux enseignements.

Précautions d'interprétation et d'usage

Le rapport réalisé avec l’appui du CSTB, sans viser une représentativité nationale, restitue les ambitions et les pratiques d’une trentaine de signataires.  Il s’agit pour la plupart de grands acteurs du secteur tertiaire d’où la concentration dans l’échantillon étudié d’immeubles de grande surface (plus de 10.000 m²) des secteurs bureau et commerce, et dans une moindre mesure enseignement/ recherche.
Enfin, en termes de période de construction il s’agit presque exclusivement de bâtiments postérieurs à 1980. Attention donc à toute forme de généralisation. Ce rapport illustre simplement les meilleures pratiques du moment en matière d’efficacité énergétique dans la gestion des bâtiments du tertiaire.

Une réduction de réduction des consommations d’énergie de l’ordre de 20 % à 30 % à l’horizon 2020

C’est le niveau moyen de l’ambition des signataires de la charte. Inférieure aux objectifs du Grenelle (- 38 % d’ici à 2020) ils sont unanimes à affirmer qu’une démarche d’efficacité énergétique bien conduite demande du temps pour se mettre en ordre de marche (diagnostic, stratégie et plan d’action, mise en œuvre opérationnelle). Un délai d’une dizaine d’années leur semble nécessaire pour viser une baisse de l’ordre de 25 %.

Les évolutions des consommations unitaires tous usages du tertiaire ont connu une inflexion au début des années 2000, due principalement à la baisse des consommations en chauffage. L’analyse par usage montre toutefois que pour les branches bureau et commerce, les gains réalisés sur le chauffage ont été partiellement gommés par des hausses sur les autres usages (en particulier la climatisation et dans une moindre mesure l’électricité spécifique). Pour la branche bureau, par exemple, la baisse de la consommation unitaire de chauffage entre 2005 et 2012 est proche de 20%, celle de l’ensemble des usages de seulement 6% ; pour le commerce, ces baisses sont respectivement de 22 et 3%.

Stratégie d’action

Globalement les signataires développent les mêmes étapes clés dans leur stratégie de réduction des consommations des bâtiments : campagne d’audits,  mise en place d’un plan de progrès partagé et progressif, déploiement d’une organisation cohérente. Ils insistent particulièrement sur deux points :

Le diagnostic sur l’existant

Les objectifs de réduction sont souvent déterminés à l’issue de cette phase d’audit. Ici, les méthodes divergent allant du simple DPE réglementaire, en passant par les études thermiques confiées à des bureaux d’étude, et en complément diagnostics comparés de patrimoine et adhésion à des organismes comme l’Observatoire de l’immobilier Durable qui fournissent des indicateurs statistiques  permettant de comparer les performances individuelles par grande famille de bâtiment.

Le suivi des consommations

Mesurer est la première étape du plan d’action. C’est un enjeu clé qui permet de déceler les dérives. Là aussi les méthodes divergent : méthode DPE, remontée de comptage par immeuble, suivi détaillé par des sous-compteurs, dispositif de comptage instantané et centralisé. De coûts très variables, elles doivent être mobilisées de façon proportionnée en fonction des objectifs. Il s’agit là d’une étape indispensable mais considérée, même par les signataires de la charte comme compliquée, voire difficile, à mettre en œuvre.

Leviers d’actions de l’efficacité énergétique

En complément les signataires ont tous rappelé que leurs actions s’organisaient autour de trois leviers principaux déclinables à l’échelle de chaque bâtiment : l’amélioration des usages par une sensibilisation des occupants, l’amélioration de l’exploitation et de l’entretien des équipements et la réalisation de travaux de plus grande importance. Dans ce cadre, ils rapportent un certain nombre de règles empiriques étudiées par le rapport :

  •  dans un souci de soutenabilité économique les signataires mobilisent en premier lieu les actions sur l’usage, la rationalisation de l’occupation et l’exploitation. Celles-ci nécessitent en général un investissement limité et ont des temps de retour inférieurs à 5 ans. Elles peuvent de ce fait être déployées sur l’ensemble du patrimoine, elles permettent des gains tout à fait significatifs, en cohérence avec les objectifs visés ;
  • les travaux « lourds » portant sur l’enveloppe du bâtiment sont plutôt envisagés dans le cycle de rénovation standard du patrimoine immobilier. Dans cas, les signataires s’accordent tous pour profiter de ces restructurations pour lutter contre l’obsolescence de l’immeuble et embarquer à cette occasion une amélioration significative de la performance énergétique. Au regard des coûts engagés, ils considèrent majoritairement que l’obtention d’un label énergétique et/ou d’une certification environnementale  change peu l’équilibre économique de l’opération, apporte de la valeur à l’immeuble et permet une progression significative en termes de consommation énergétique ;
  • le renouvellement des équipements intervient à des rythmes plus réguliers (de l’ordre de 10 à 20 ans) et permet d’intégrer progressivement les meilleures technologies disponibles : il assure donc des gains réguliers en termes de consommation d’énergie.

Une dynamique ancrée sur la durée et articulé avec le futur décret

Selon Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable « plusieurs autres acteurs, notamment issus de la sphère publique, devraient signer cette charte dans les prochaines semaines ». Riche d’enseignements, la charte doit éclairer la rédaction par l’administration du futur décret, contribuer à la diffusion des bonnes pratiques et jouer un rôle de sensibilisation auprès des petits utilisateurs souvent propriétaires de leurs locaux professionnels, encore très éloignés de ces préoccupations.

Ce premier rapport sera mis à jour et fera l’objet d’une deuxième édition d’ici à la fin de l’année en vue d’intégrer de nouvelles contributions.