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Regard prospectif pour des bâtiments responsables

Publié le 17.10.2014

La loi du 3 août 2009 a posé le principe des bâtiments à énergie positive à l’horizon 2020. C’est dans ce contexte que le Plan Bâtiment Durable a confié à Christian Cléret, Directeur Général de Poste Immo, et Bernard Boyer, Président de SUN BBF et de S2T, la constitution et l’animation d’un groupe de travail « Réflexion Bâtiment Responsable (RBR) 2020 » en vue de dessiner les contours du bâtiment de demain.

Ce troisième rapport trace une route plus concrète que les précédents et présente une série de lignes directrices à la confluence de plusieurs réflexions actuellement menées sur les futurs labels qui précéderont la rédaction de la prochaine réglementation.

Ses rédacteurs souhaitent désormais que ce rapport puisse faire l’objet d’une large diffusion et concertation au sein de l’ensemble de la filière alors que Ségolène Royale de son côté affirmait récemment son souhait d’accélérer le mouvement afin que le plus rapidement possible « tous nouveaux bâtiments publics où sociaux recevant des subventions publiques soient à énergie positive »….. Les grandes tendances.

Ce rapport s’articule autour de trois idées directrices qui toutes s’inscrivent dans une démarche de coût et de conception globale indispensable pour aller vers des bâtiments « responsables » dans une parfaite maîtrise des coûts de construction et de rénovation. Il défend aussi le principe selon lequel l’émergence de bâtiments dits « responsables » n’est possible que si l’usager et le citoyen sont remis au cœur de la réflexion et si le bâtiment est considéré en fonction de sa résilience et de son cycle de vie.

Sortir du seul prisme de l’efficacité énergétique

Pour les auteurs il est urgent de ne plus considérer le bâtiment de demain uniquement sous le seul angle de son efficacité énergétique mais au contraire de développer une approche beaucoup plus large des choses  où les critères de santé, de confort, d’empreinte carbone, d’intelligence des connexions entre bâtiments et territoires et réseaux soient également pris en compte. La future réglementation ne doit pas être une énième réglementation thermique mais véritablement s’ouvrir à d'autres préoccupations, plus globales, plus environnementales, replaçant le bâtiment dans son quartier, dans son territoire.

Sur ce point, le rapport préconise notamment :

  • Une évaluation des bâtiments non seulement en termes de consommation énergétique mais également en termes de puissance appelée sur les réseaux ;
  • De favoriser l’autoconsommation des EnR ;
  • Une approche plus fine des capacités d’autonomie énergétique, de délestage, de stockage et d’effacement des pointes du bâtiment, bref de tout ce qui permettrait de diminuer et d’effacer les puissance sur les réseaux ;
  • De privilégier l’énergie positive à l’échelle du quartier plutôt qu’à celle d’un bâtiment autonome de façon à mutualiser la production d’énergie renouvelable et permettre une meilleure allocation de la ressource et un meilleur foisonnement.
  • La prise en compte du cycle de vie global du bâtiment.
  • La prise en compte de la qualité de l’air, du confort d’été et de demi-saison, de la qualité acoustique, bref de remettre l’humain au cœur de la conception et de l’exploitation en intégrant les mutations profondes des modes de vie et de travail ainsi que les risques sanitaires et psycho-sociaux.

Moins de colbertisme dans la réglementation et une plus large place à l’expérimentation


Le rapport développe ici l’idée d’un futur label « Bâtiment responsable ». Il pourrait éclairer le chemin vers 2020/2030, mobiliser et  rassembler l’ensemble des acteurs vers un projet progressif et réaliste mais non exempt d’ambition pour inciter l’innovation.
Ainsi le rapport préconise l’introduction de modulations régionales pour mieux prendre en compte des différences inhérentes au climat, à la géographie, aux réseaux. Cette différentiation, que la RT 2012 a introduite avec l’exigence des 50 kWh EP.m².an (pondérée selon les zones géographiques) permettrait dans un cadre plus vaste de mieux ancrer les projets dans les réalités locales (vent, eau, ensoleillement, géothermie) et favoriser le lancement d’initiatives et  d’expérimentations.

A ce titre, le rapport suggère que le futur label comporte :

  • Une partie obligatoire avec des exigences minimales et des possibilités de modulations régionales.
  • Une partie facultative permettant de travailler d’autres aspects environnementaux du bâtiment, aspects qui pourraient évoluer dans le temps et être combinés librement et de différentes manières.

A titre d’exemple, le champ des exigences minimales obligatoires concernerait des critères comme :

  • les caractéristiques BEPOS,
  • Les caractéristiques carbone (construction, exploitation et déconstruction)
  • La qualité de l’air,
  • La mutualisation/mutabilité des espaces
  • La gestion des puissances, etc…

Celui de la partie facultative (pouvant donner lieu à l’attribution de points supplémentaires) couvrirait 

  • Le confort acoustique,
  • Le confort lumineux,
  • Les économies d’eau,
  • La régulation,
  • L’adaptation aux personnes âgées,
  • La flexibilité du bâtiment et sa résilience
  • L’économie circulaire,
  • Le chantier vert, le respect de la biodiversité, etc…

Le rapport recommande également la prise en compte du facteur « temps » dans le calcul de performance énergétique de manière à promouvoir des comportements plus responsables et faciliter les effacements. Sur ce point, il estime important d’approfondir en parallèle la question de la tarification actuelle de l’énergie afin de réviser le couple part fixe (investissement/puissance) et part variable (consommation) pour lier de façon plus logique et plus incitative l’abaissement proportionnelle de la consommation et du coût de l’abonnement.

Des indicateurs de mesures de la performance à la fois plus simples et plus pertinents
A ce stade, le rapport pose deux principes qui semblent à ses auteurs particulièrement importants.

D’une part, donner du concret à la promesse de performance par l’affichage de tests et d’indicateurs susceptibles de la mesurer, mais aussi de responsabiliser les acteurs de l’acte de bâtir et d’améliorer les pratiques professionnelles.
A l’instar du test de l’étanchéité à l’air instauré par le RT 2012, le rapport suggère entre autre la vérification par caméra thermique de la performance de l’isolation, un contrôle débit/pression de la ventilation, un test d’étanchéité des réseaux ou encore un véritable suivi de la performance après livraison et dans la vie du bâtiment.
Il pose aussi le principe selon lequel toute mesure devra être justifiée en fonction d’une analyse économique qui permettrait de mieux appréhender le rapport coût/efficacité.

D’autre part, fixer de « bons » indicateurs au service de la gestion et de l’occupant. Pour ces derniers ils devront être simples et parlants, voire même ludiques pour en faire de véritables acteurs de la maîtrise énergétique. Parler kWh pourquoi pas, mais ne faudrait-il pas également parler en euros afin que cela soit plus concret pour l’occupant ?
Il prône par ailleurs l’intégration d’indicateurs avec des variables beaucoup plus fines que celles actuellement utilisés. Ainsi par exemple, pour l’électricité l’introduction d’un indicateur carbone évolutif en fonction de la journée et de la période de l’année, l’analyse de la demande nette d’énergie (c’est-à-dire soustraite de la part produite par le bâtiment) ou bien encore tendre vers l’instantanéité des indicateurs de performance énergétique.


Choisir le bon cap

Il appartient désormais aux pouvoirs publics de donner le cap. L’enjeu du bâtiment responsable à l’horizon 2020/2050 dépasse largement sa simple performance énergétique et le recours aux EnR. Il nous invite à véritablement changer de paradigme pour amener l’ensemble des acteurs à repenser la conception, la construction et l’utilisation des bâtiments dans une vision environnementale globale, penser en coût global et remettre l’homme au centre des préoccupations. Pour y parvenir il faut libérer les énergies, favoriser l’innovation dans un cadre réglementaire offrant plus de modularité et donner envie.

Le groupe de travail espère par ses travaux avoir ouvert des pistes et tracer des lignes de force de ce qui doit préfigurer le bâtiment responsable de demain. Il invite désormais l’ensemble des acteurs experts du bâtiment et de la ville durable à s’emparer de ses réflexions prospectives afin qu’elles fassent l’objet d’une large concertation et suscitent le débat. Ils peuvent le faire par le biais d'une plate-forme dédiée.
 

Lire le rapport Cap sur le futur « Bâtiment responsable ». 

Retrouver le premier rapport

Retrouver le second rapport